LITTÉRATURE

ANTOINE VOLODINE

RITUEL DU MEPRIS
Antoine Volodine
Denoël - 184 p.

        Un prisonnier relate ses souvenirs d'enfance, sous les coups de tortionnaires, dans de sombres caves, alors que dehors une guerre fait des ravages. Il relate son enfance, faite de brimades, de privations, de méfiance. Une enfance destinée à le former à la survie, dans ce qui semble être un ghetto. Ses bourreaux veulent connaître tous les détails de l'endroit où le prisonnier a vécu ; une attaque de grande envergure semble se préparer.

        Le style d'Antoine Volodine est direct et incisif. Il vous prend aux tripes dès la première phrase. A la quatrième page, vous vous êtes déjà attaché à cet homme forcé de livrer les siens ; les quelques éléments qu'il donné sur son ghetto ont titillé votre imagination, l'envie de savoir quelle est cette guerre et qui est cet homme vous dévore.
        Cet homme ? Page 10, une phrase attire l'attention : " Une grêle de coups s'abat dans mon dos, sur mon crâne qui ne craint rien, sur ma nuque. Il y a longtemps que j'ai baissé les paupières pour ne plus rien voir. La réalité derrière un rideau de cuir. "
        A ce moment, d'autres phrases concernant son enfance, lues dans les pages précédentes vous reviennent en mémoire : " J'ouvrais les yeux peu à peu. Il ne fallait pas faire de buée sur les vitres, pour que personne ne sût que la maison était habitée ; il ne fallait pas grimper le long des murs quand venait l'ombre… ". Le héros ne semble pas être un être humain…

        Tout le roman est du même tonneau. La guerre qui se déroule à l'extérieur de la cave est décrite par les souvenirs d'enfance du héros. Le lecteur se plait à imaginer l'apparence réelle des habitants du ghetto au travers des indices que veux bien donner le prisonnier, pour qui tout est naturel. Les coutumes des différents clans, les caractéristiques spécifiques aux races qui les composent, se dissimulent dans les leçons de survie dispensées par son oncle, dans ce ghetto qui apparaît aussi redoutable que la guerre.
        Cette guerre, qui oppose le peuple du héros aux humains, est vue du côté des " envahisseurs " qui semblent être devenus des résistants, survivants et se dissimulant au sein de villes en ruines. Les personnages sont immédiatement attachants et passionnants, les sentiments sentent le " vécu ", font mouche. Ici pas de Héros Flamboyants, d'Actions Glorieuses. La Dissimulation est la clef de la Survie, la Ruse l'arme la plus Efficace.
        Lorsque arrivera la fin (pas plus gaie que le reste), vous vous promettrez de le relire bientôt pour " mettre la main " sur de nouveaux détails et indices qui vous auraient échappé.
        Croyez-moi, les E.C.H.O.S de ce L.I.V.R.E résonneront longtemps dans votre esprit.

        LE TYRAN SILENCIEUX

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